Sur Richard M. Powers

par C. Jerry Kutner


Tout le bel art n'est pas découvert sur les murs des musées. La plupart de nous qui admirons l'oeuvre de Richard M. Powers, l'avons rencontrée non dans les salles de classe, ou dans les musées, ou dans les livres d' art prestigieux, mais sur les couvertures des livres de poche à gros tirage de science-fiction et de fantaisie publiés dans les années cinquante et soixante. Les dessins attirants des couvertures de Powers étaient sensationnellement différents de ceux de ses contemporains. Là où la plupart de l'art graphique de SF du début des années cinquante consistait de plates représentations de astronefs et d'autre quincaillerie (l'école "techno-realist") ou d'extraterrestres avec des tentacules, de héros de l'espace au corps métalliques et de leurs compagnes bien roulées (l'école "pulp"), les couvertures innovatrices de Powers accentuent l'atmosphère et l'état d'âme en utilisant les techniques des beaux arts du surréalisme, l'art abstrait, et le collage pour explorer les paysages intérieurs de l'imagination humaine. Psychédélique avant son temps et étonnant dans sa variété, c'était à travers du pouvoir visionnaire de Powers, d'après L' Encyclopedie de Science-Fiction, que "l'emballage de la Science-Fiction pouvait être appelé adulte."

Richard Michael Powers était né à Chicago, en Illinois, le 24 février 1921. Le jeune Powers était tourmenté par une famille brisée, par des cauchemars et par une mauvaise vue, mais il lisait par contrainte et très tôt il découvrit une habilité innée pour dessiner. Ses tendances artistiques étaient encouragées par un oncle, un peintre de paysages très doué, qui gagnait sa vie comme peintre de panneaux d'affichage. L'oncle fournit généreusement Powers des opinions techniques et de toute la peinture qu'il pouvait utiliser.

A la fin de son adolescence, Richard Powers assista à L' Institut d'Art de Chicago et à l'Université de Beaux Arts d'Illinois. Lorsque la Deuxième Guerre mondiale éclata, Powers s'engagea dans l'Armée et fut destiné aux Studios de films, Signal Corps, à Astoria au Queens, où il travailla côte à côte avec les outils et les peintures de décors des professionnels de Hollywood. Après la guerre, Powers s' établit à New York City suivant des cours à l'Ecole pour Illustrateurs et à La Nouvelle Ecole. Découragé par l'orientation commerciale de ses professeurs de New York, Powers passa aussi un an en peignant des extérieurs au Maine et au Vermont sous la tutelle du paysagiste et artiste de paysages marins, Jake Conoway.

La dernière partie des années quarante et la première des années cinquante étaient "l'époque dorée" de l'illustration des couvertures des livres de poche. C'était pendant cette période créative et mouvementée (1948) que Powers obtenit sa première tâche commerciale en illustrant l'édition cartonnée des Voyages de Gulliver pour World Publishing Company. Ceci fut suivi de son premier travail de science-fiction de couverture cartonnée pour Doubleday and Company. (Powers continuerait d'être l'artiste favori des couvertures de science-fiction de Doubleday durant les vingt années suivantes.) La dernière partie des années quarante fut aussi marquée par le vrai début de la carrière artistique de Powers qui commença au sommet comme participant à une exposition à quatre au Musée d'art Moderne de New York. Le succès de cette exposition mena à une affilation pour toute la vie avec la Galerie Rehn de Madison Avenue où il exposa beaucoup de fois. Pendant cette époque, Powers trouva aussi le temps de se marier et d'avoir quatre enfants.

Le premier travail de science-fiction de Powers était celui d' un élève de l'école "techno-realist," en introduisant des éléments d'abstraction seulement d'une manière graduelle. Il peignit des couvertures dans les genres de science-fiction, de mystère, et de littérature classique pour les maisons d'édition de livres de poche telles qu'Avon, Crest, Berkley, Signet, and Dell. En 1953 alors, Star Science Fiction (BB#16) (L' Etoile de la Science Fiction) fut sa première couverture pour Ballantine Books. Celle-ci deviendrait la plus fertile association de la carrière de Powers.

Crée en 1952 par Ian et Betty Ballantine, Ballantine Books était le premier éditeur des années cinquante de science-fiction mûre et lettrée. Ses titres comprennent de futures classiques tels que The Space Merchants (BB#21) (Les Marchands de l'espace) de Frederik Pohl et de C.M. Kornbluth, Childhood's End (BB#33) ( La fin de l'enfance) d'Arthur C. Clarke, More Than Human (BB#46) ( Les plus qu'humains) de Theodore Sturgeon, et A Case Of Conscience (BB#256) (Un cas de conscience) de James Blish. Tous ces romans reproduisaient des couvertures mémorables de Powers.


Powers devint en effet le directeur artistique de la branche de science-fiction de Ballantine en créant non seulement les illustrations de la couverture (le front, le dos, et parfois l'enroulement) mais encore le dessein entier des livres comprenant l'emplacement du titre et d' autre texte, le choix et la coloration des caractères d'imprimerie, et quelquefois même la peinture à la main du titre. Ballantine donna Powers la liberté d'expérimenter sans fin. Le plus de liberté il avait pour expérimenter, le plus il expérimentait. Reach For Tomorrow (BB#135) (Avance pour demain) est un expériment précoce et saisissant. Le sujet est une ville sur une planète étrangère. Est-ce le vrai sujet? Les formes de la ville tour à tour rondes et pointues ressemblent plus à des gouttes de glaise ou à de la cire fondue que n'importe quelle construction architecturale réaliste ne ressemble. La ville demeure au milieu d'un désert silencieux qui est plus proche, dans l'aspect et l' atmosphère, des tableaux de Salvador Dali et d'Yves Tanguy que des autres travaux d'art de science-fiction de leur époque. En plus le format de cette peinture est horizontal. Pour le regarder correctement on doit prendre le livre latéralement.

A la fin des années cinquante, le monde des livres de poche de science-fiction avait été conquis par "le style Powers." En sus de peindre plus de cent couvertures pour Ballantine, Powers fut l' artiste de choix pour Berkley, Dell, et pour d'autres nombreux éditeurs de SF. Le succès de Powers encouragea d'autres artistes de SF comme Ed Emshwiller, Jack Gaughan, et Paul Lehr à expérimenter avec le surréalisme et l' abstrait . A son tour, l'art de Powers assimila les styles de la plupart de grands peintres surréalistes de ce siècle-ci non seulement Dali et Tanguy mais encore Calder et De Chirico, Miro et Kandinsky, Klee et Ernst. Parfois l'hommage est évident,comme sur la couverture de Star Wormwood (L' Etoile aux bois des vers) (Berkley, 1959), qui n'est pas un travail de fiction, sur laquelle on voit une peinture à l'eau d'un homme assis sur une chaise électrique et qui ressemble à "Screaming Pope" (Le Pape qui crie) de Francis Bacon.

Néanmoins, pour la plupart, Powers fut un homme bien à soi, jamais si à soi que dans "Chambers of Horrors" (La Chambre des horreurs) de Ballantine, une série de livres de poche qui permit Powers d'exprimer totallement son penchant formidable pour le macabre. The Graveyard Reader (BB#257) (Le Lecteur du cimetière) fut le premier: une fantasmagorie, très décadent, colorée de clapotis peints et des traits arachnéens bouillonnant d'une imaginerie de monstres, de femmes belles, et de cadavres montés sur des carcasses des coursiers. D'autres chefs-d'oeuvre dans cette série inclut Tales To Be Told In The Dark (BB#380) (Des contes pour être racontés dans l'obscurité), Invisible Men (BB#401) (Des hommes invisibles), Things With Claws (BB#466) (Des choses avec des griffes), The Other Passenger (BB#480 ) (L' autre passager), Tales Of Love And Horror (BB#522 ) (Des Contes d'amour et d'horreur), The Clock Strikes Twelve (BB#531 ) (L'Horloge sonne douze heures), Sardonicus And Other Stories ( BB#540 ) (Sardonicus et d'autres histoires), Shadows With Eyes (BB#577) (Des ombres aves des yeux), The Survivor And Others (BB# 629) ( Les survivant et les autres) de H.P. Lovecraft, et The Fiend in You (BB#641) (Le Démon en toi ) de Charles Beaumont. Quand on les a vu une fois, on ne les oublie jamais.

L'incroyable productivité de Powers (plus de 1.500 couvertures et des illustrations intérieures) peut être expliquée partiellement par le fait qu'il fut un caméléon du style. Il fut respecté pour ses illustrations dans la tradition de la littérature classique en montrant une affinité spéciale pour les travaux de Rudyard Kipling et de Joseph Conrad. Il pouvait changer facilement du représentatif au moderne, d'un style de gravure sur bois (les séries Thomas Hardy de Dell) à un style de facture orientale (Homecoming (Retour au Pays) de Jiro Osaragi). Il avait aussi un style comique-satirique qui culmina dans une exposition dans une galerie en 1970 titrée "Nixophobique."

Le plus signifiant des styles de Powers, à part ses genres de SF et d' horreur, fut le "style beat" representé par ses couvertures pour The Ginger Man (Berkley, 1959) (L' Homme de gengimbre) de J.P. Donleavy, Malcolm (Avon, 1959) de James Purdy, et par les graphiques "hip" avec lesquelles il contribua au magazine High Fidelity. De même qu'avec son travail abstrait de science-fiction, le graphisme "Beat" de Powers aida à définir l'air et l'atmosphère d'une période.

La mort de la première femme de Powers au milieu des années soixante provoqua un changement radical dans son style de vie et son orientation. Les travaux commerciaux n'étaient plus une priorité lorsque Powers déménagea en Jamaique aux Indes de l'Ouest pour se concentrer sur son travail de peintre et ses expositions. Powers continuerait à peindre des couvertures des livres pendant les années soixante-dix, quatre-vingt et quatre-vingt-dix, mais avec moins de fréquence, et les travaux qu'il accepta, pour la plupart des couvertures commerciales pour des livres de poche et pour des livres cartonné, étaient généralement plus prestigieux que son travail des années cinquante et soixante. En plus d'une ocassion, il convainqua les éditeurs d'utiliser ses peintures antérieures complètes sur leurs couvertures. Finalement Powers se remaria et rentra aux Etats Unis en passant ses derniers ans à Ridgefield au Connecticut et en Europe. Les traits marquants de cette période incluent les séries commerciales de livres de poche de la science-fiction soviétique de Collier Books, The Annual World's Best SF (1978-1990 ) (Les Meilleurs livres de Science Fiction annuels du monde) de DAW Books, et les brillantes illustrations intérieures qu'il prépara pour les éditions de séries en cuir pour les collectionneurs d'Easton Press.

Il est mort d'un anévrisme le 9 mars 1996 pendant qu'il visitait sa fille à Madrid en Espagne. Comme beaucoup de créateurs qui travaillent dans le monde plein de rivalité du grand art et de la culture populaire, Powers ne fut jamais englobé ni dans l'un ni dans l'autre. Finalement, Richard M. Powers est devenu un genre en lui-même en enlevant les distinctions entre le courant dominant et la science-fiction, entre l'art majeur et l'art mineur. Son travail, en dépit de ses plusieurs styles, eut un seul vrai sujet: l'imagination dans toute sa beauté, sà terreur, et sa complexité. Ce que l'imagination de Powers créa est destiné à vivre à côté du plus bel art du tournant du vingtième siècle.

Traduit de l' américain par Teresa Gelman


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